Séminaire Folksonomies et tagging
Par Patrick Peccatte le samedi 20 mars 2010, 14:21 - taxonomies - Lien permanent
Sept ans après l'apparition du tagging et des folksonomies, emblème du web 2.0
à ses débuts, il reste à dresser un bilan des motifs et profits susceptibles
d'expliquer l'émergence et le succès d'outils très tôt associés à la
contestation du pouvoir supposé des autorités anciennes (incarnées, entre
autre, par les bibliothécaires...). Et ce, au moment même où l'on voit
apparaître de nouveaux acteurs en passe de réaliser une déstabilisation
généralisée des arts du repérage. A travers ce premier séminaire, nous
souhaitons amorcer un questionnement et un dialogue entre différentes
communautés scientifiques pour créer des passerelles entre les approches : par
delà la convergence des intérêts, existe-t-il des pistes communes d'exploration
scientifique sur ces sujets ?
L'activité d'étiquetage des contenus par les internautes est devenue partie
prenante de l'écriture-lecture pendant la consultation de sites web. Les
collections d'étiquettes - communément dénommées « tags » - réalisées par les
internautes les associant à des ressources ou des situations dans l'objectif de
les médiatiser ou de les thésauriser, ont été nommées « folksonomies ».
Les interprétations diverses du terme « folksonomies » laissent entrevoir
les polémiques qui accompagnèrent le lancement de techniques visant à
transformer les mots des usagers en des leviers organisationnels, désertant en
cela les méthodes de classification des professionnels de l'information et de
l'organisation des connaissances fondées sur des vocabulaires contrôlés. Son
appropriation devint rapidement, dans la période qui suivit la crise dite de «
la bulle Internet », l'enjeu, voire le prétexte, d'une contestations de formes
d'autorités réelles ou supposées.
Ces nouvelle formes d'auto-organisation censées traduire l'adaptation des
systèmes à la diversité des classements réalisables par les internautes ont
stimulé l'intérêt de différentes communautés professionnelles et
scientifiques.
Aussi bien les responsables de la pérennité des formes de classements
bibliothéconomiques (des thésaurus aux classifications type Dewey) que les
acteurs des ontologies documentaires, informatiques et philosophiques se sont
intéressés à ces pseudo-rangements qui constituent un défi lancé aux
spécialistes de l'organisation des structures innervant les savoirs, toujours
tentés de réorganiser ce chaos, fût-ce silencieusement, en arrière-plan ou a
posteriori.
Insérées jusque dans les Opac par les professionnels des bibliothèques et
des centres de documentation, les folksonomies inventent de nouveaux chemins
d'accès aux stocks de connaissances et améliorent l'exploration des catalogues.
De nouveaux services de gestion de références (SRM) comme Zotero tentent ainsi
d'asseoir la construction collective de bibliographies. De la recherche en
histoire à l'IST, quels rapports les professionnels du monde académique, à
partir du spectre des positions qu'ils occupent, entretiennent-ils à ces
nouveaux outils et aux usages qu'ils autorisent désormais ?
La communauté informatique a constamment développé de nouveaux algorithmes
de traitement et d'analyse des résultats du tagging collaboratif et cherché à
capturer la sémantique des tags. Depuis la tag ontology de Newman, première du
genre, aux modèles actuels, un véritable parcours interprétatif a vu le jour
cherchant à saisir de manière toujours plus précise les linéaments de son
objet, le tag, à mesure qu'elle le constituait et l'enrichissait - à la manière
dont les modèles informatiques décrivent les artefacts numériques.
Au plan politique, au sens le plus large du terme, il reste à dresser un
bilan des motifs et profits de la contestation du pouvoir supposé des autorités
anciennes (incarnées par les bibliothécaires...) à l'heure où l'on voit émerger
de nouveaux acteurs en passe de réaliser une déstabilisation généralisée des
arts du repérage. Quelle place accorder, dans ces conditions, aux discours
ayant accompagné les outils du Web 2.0 et, singulièrement, les folksonomies ? A
l'heure où l'innovation perpétuelle chasse l'invention, il s'agit de se pencher
à nouveau frais sur un contexte qui paraît déjà ancien.
Peut-on affirmer aujourd'hui d'un point de vue socio-cognitif que la
recherche d'informations en est améliorée ? Existe-t-il un usage possible de
ces systèmes sans complexifier la tâche des utilisateurs ou s'agit-il, au
contraire, de prendre le contre-pied de l'injonction à faire toujours plus
simple en amont quitte à perdre de vue tout traitement critique de
l'information en aval. Avec, comme seul horizon, la nécessité, découlant d'un
impératif caractérisant l'économie de l'attention, d'attirer un utilisateur
réduit à une fonction de flux ?
Objectifs de la journée : à travers ce premier séminaire, nous souhaitons
amorcer un questionnement et un dialogue entre différentes communautés
scientifiques pour créer des passerelles entre les approches : par delà la
convergence des intérêts, existe-t-il des pistes communes d'exploration
scientifique ?
Programme
- 9h30 Introduction de la journée
- 9h45-10h15 Fabien Gandon (INRIA) : Web sémantique et folksonomies : état de l'art
- 10h30-11h Freddy Limpens (INRIA) : Approche collaborative et assistée à l'enrichissement des folksonomies: entre algorithmie et ergonomie.
- 11h15-11h45 Alexandre Monnin (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : La spécifité du tagging et sa dimension philosophique.
- 12h-12h30 Manuel Zacklad (Cnam) : Web socio-sémantique et recherche ouverte d'information : le SI entre participation et contrôle.
- 14h-14h30 Alexandre Gefen (Université de Bordeaux 3) : Fabula ou l'expérience d'une folksonomie collaborative.
- 14h45-15h15 Patrick Peccatte (Soft Experience) : Les Machine tags de Flickr et folksonomies catégorisées.
- 15h30-15h45 Dominique Besagni, Cécilia Fabri, Claire François (INIST), Evelyne Broudoux (UVSQ) : Étude comparative du partage de références scientifiques (CiteUlike, Bibsonomy, 2Collab, Connotea).
- 16h-16h30 Olivier Le Deuff (Université de Bretagne) : Folksonomies et hypomnemata numériques.
- 16h45 Conclusion de la journée
Lieu
Paris (75000) (CNAM : amphi Z Robert-Faure accès 1-1 (Escaliers devant
l'entrée principale))
Date
vendredi 26 mars 2010
Contact
Alexandre Monnin courriel : Alexandre [point] Monnin (at)
malix.univ-paris1 [point] fr
Evelyne Broudoux courriel : evelyne [point] broudoux (at) iut-velizy.uvsq
[point] fr
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