Compte-rendu du symposium "L’histoire contemporaine à l’ère digitale" - Luxembourg, 15 et 16 octobre 2009
Par Patrick Peccatte le mardi 20 octobre 2009, 10:45 - histoire - Lien permanent
L’Université du Luxembourg (Master en Histoire européenne contemporaine) et le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE) ont organisé les 15 et 16 octobre 2009 un Symposium sur le thème « L’histoire contemporaine à l’ère digitale ». Voici un compte-rendu de cette très intéressante réunion rédigé à partir de mes notes et tweets. J'ai aussi intégré dans ce texte les tweets envoyés par Frédéric Clavert, Marin Dacos et Olivier Le Deuff. Je les remercie vivement de me permettre d'utiliser leurs messages. Ce compte-rendu un peu télégraphique doit donc être considéré comme un travail collectif.
Six "lignes de forces" se sont dégagées au cours de ce symposium :
- les digital humanities sont extrêmement difficiles à définir. À l'instar du Web 2.0, il s'agit d'un bouillonnement d'initiatives qu'il n'est pas aisé de caractériser de manière simple. La très grande variété et la densité des sessions de ce symposium illustrent parfaitement ce fait en ce qui concerne l'histoire. C'est une diversité que je n'imaginais pas;
- les nouvelles possibilités et l'immensité des données disponibles peuvent amener à bouleverser la discipline, mais l'historien doit toujours interpréter et faire preuve de sens critique, peut-être plus encore d'ailleurs avec le numérique;
- il est impératif de développer une véritable culture technique dans les SHS et amener à un travail plus étroit entre les historiens et les ingénieurs et développeurs;
- de même, il faut développer les expériences conduites entre les historiens, les bibliothécaires et les archivistes, et impulser une culture du partage des données et des sources;
- la vérifiabilité et le crédit des sources, la qualité des acteurs se posent avec une plus grande acuité "à l'ère digitale" et beaucoup d'interventions se sont fait l'écho de certaines inquiétudes concernant ces problématiques tout en reconnaissant qu'elles existaient déjà avant Internet;
- la médiatisation de l'histoire doit être repensée. Les rapports de l'histoire avec les médias traditionnels, les médias pure player, la muséologie, etc. sont transformés par Internet. L'histoire est aussi un média sur Internet.
Jeudi 15 octobre 2009
Rolf Tarrach, recteur de l'Université du Luxembourg
RT distingue les disciplines simples (physiques) et les disciplines complexes (sciences humaines).
« Cela ne sert à rien d'avoir de gros pipe-lines si vous n'avez pas de pétrole à mettre dedans ».Marianne Backes, directrice du Centre Virtuel de la Connaissance de l'Europe
René Leboutte, directeur d'études du Master en Histoire européenne contemporaine à l'Université du Luxembourg
RT estime qu'une définition des digital humanities n'est pas une tâche simple. Il pense qu'il faut lutter contre le scepticisme technologique. Pour lui, l'esprit critique ne change pas, même avec une masse de données considérable. Ce sens critique demeure le cœur du travail de l'historien, que ce soit sur Internet ou non, et il va devenir encore plus important avec le numérique. RL se demande aussi si l'on peut encore écrire l'histoire comme il y a 10 ou 15 ans. La réflexion scientifique et critique va prendre de l'ampleur pour la recherche et l'enseignement. RL termine en souhaitant que ce symposium devienne un événement récurrent, organisé tous les deux ans.
Keynote de Marin Dacos, directeur du Centre pour l’édition électronique ouverte (CLEO) – Histoire 2.0. Vers une Cyberinfrastructure au cœur de la discipline historique
MD rappelle l'affaire
Orwell sur le Kindle. Pour lui, nous sommes dans un monde numérique qui
nous dépasse largement et l'autonomie dans l'écosystème numérique nécessite des
logiques éthiques et scientifiques.
Les financeurs de la recherche s'interrogent sur la production de recherche en
libre accès, à l'exemple du MIT qui impose un mandat openaccess.
Le paradigme du génie qui invente (seul) une théorie est un modèle
problématique en histoire.
MD pose la question du partage des sources plutôt que celle de la théorie et du
modèle imposé par le chercheur. Il mentionne l'exemple de l'archéologie qui a
l'habitude d'archiver et de partager ses sources, car elle détruit son objet
d'étude au fur et à mesure de sa progression.
En histoire, par contre, il n'y a pas vraiment de tradition de partage des
sources.
MD critique le fait que certains chercheurs s'approprient certains territoires
scientifiques et interdisent ces territoires aux autres. On peut même
rencontrer des cas où un corpus est étudié par une seule personne.
Il est nécessaire d'impulser une tradition de partage sur les sources et ainsi
permettre l'affrontement de l'analyse des sources et la richesse des points de
vue.
MD rappelle l'histoire de l'éditeur Elsevier qui proposait des cd-roms remplis
de documents non indexés mais numérotés. Il qualifie cette pratique d' «
hypocrisie ».
MD aborde les questions de sécurité : revues.org subit une attaque par seconde
en moyenne...
MD évoque la menace de la
loi de Murphy (si quelque chose peut mal tourner, alors cette chose finira
infailliblement par mal tourner) à propos de la destruction des
informations.
L'obsolescence très rapide des techniques implique une action pour entretenir
et renouveler les données et les techniques elles-mêmes; la « curation » des
données a un coût très élevé.
Les langages non interopérables sont semblables à la tour de Babel.
L'importance des métadonnée : au delà d'un certain nombre (assez faible), les
podcasts de Radio-France sans métadonnées sont inexploitables tandis que les
podcasts de RTL qui possèdent des métadonnées restent utilisables.
MD aborde ensuite la privatisation de la science, les données protégées, la
concentration sur ce qui est rentable; il y a un risque que le marché ne
s'intéresse qu'aux données rentables et sur ce risque, la puissance publique
doit avoir un rôle.
Une cyberinfrastructure est
nécessaire.
C'est un « machin hybride un peu inquiétant qui constitue un ensemble abscons »
mais ce n'est pas un gros mot.
Nous avons besoin de chercheurs qui se rapprochent des ingénieurs et des
développeurs; ces différents métiers doivent être considérés de manière plus
égalitaire.
Une cyberinfrastructure doit être conçue pour durer.
Il y a besoin de moteurs de recherche, notamment Isidore en SHS, et de
personnels et de compétences dédiées pour les cyberinfrastructures.
La cyberinfrastructure doit proposer l'évolution des logiciels scientifiques
vers le libre accès.
Le Dublin Core et ses problèmes, débats sur les métadonnées et
protocoles.
MD évoque les identifiants uniques et la pérennité, et parle d'OAIS (Open Archival Information
System).
MD pose la question de l'efficacité du système et des programmes parfois
coûteux.
MD se réfère à l'intelligence collective de Pierre Lévy qu'il préfère à la
position du génie isolé de type Einstein; il parle de systèmes légers et «
auto-apprenants » avec ajustement permanent à l'exemple de Flickr. C'est la
logique de l'assemblage et de la participation à un ensemble.
La cyberinfrastructure est un système évolutif qui doit pouvoir s'adapter à
l'imprévu, et c'est probablement dans sa nature de s'écrouler sur elle-même au
bout d'un certain temps. MD appelle cela « le syndrome du Titanic ».
MD décrit ensuite un autre syndrome, celui du village gaulois où différentes
structures destinées à certaines catégories de chercheurs se côtoient.
Il pointe ensuite un risque de la cyberinfrastructure, celui d'une délégation
de la science à des pouvoirs trop technologiques avec un risque de
désappropriation.
MD aborde ensuite la gouvernance mondiale des données scientifiques et la
question des DOI (Digital
Object Identifier); les DOI sont une « pompe à fric ».
Il faut se doter d'un système de références; sur ce terrain, le système DOI a
10 ans d'avance.
Il ne faut pas construire un temple de l'IST.
MD appelle à un manifeste des digital humanities exposant des principes
clairs.
Il suggère la création de digital humanities camps sur le modèle des
barcamps.
En réponse à une question d'Olivier Le Deuff, MD estime qu'il faut créer des
formations d'ingénieurs en SHS.
René Leboutte réagit aussi en évoquant les risques de fractures numériques
scientifiques.
Keynote de Gino Roncaglia, philosophe, Université de Tuscia – Web 2.0 and the future of research: new tools for research networks
GR brosse un panorama des outils web 2.0; il a mis sa communication sur
Kindle.
Il expose les huit principes du web 2.0 : User Generated Contents / Semantics /
Collaborative filtering / Rss / Mash-up / Social networks / Page interaction /
Interface design.
Le web2.0 possède une très large connotation ; GR se demande même s'il
s'agit-il d'une fraude commerciale ou d'un nouveau paradigme.
GR effectue un lien avec les bibliothèques; il était présent au dernier congrès
de l'IFLA.
Nous pouvons partager bien plus que les résultats de notre recherche. Nous
pouvons aussi partager les processus de recherche, les sources, les brouillons,
etc.
Comment harmoniser formal ontologies et social tagging ? Il faut un meilleur
contrôle partagé des metadata et ontologies avec des outils open source.
A propos du collaborative filtering, GR décrit l'exemple emblématique
d'Amazon.
L'évolution des métriques et de la scientométrie : il existe des potentialités,
notamment avec Google Scholar.
Pour GR, les rss feeds constituent le cœur des réseaux sociaux grâce aux
possibilités d'agrégation . Ils ouvrent la possibilité d'outils destinés aux
réseaux orientés vers la recherche. Il souligne aussi l'importance de
l'interface et estime ainsi que Facebook est plus utile pour les chercheurs que
les réseaux purement académiques [opinion qui provoque diverses réactions
twittées : « Assez d'accord » (Olivier Le Deuff), « Facebook sucks! J'y déverse
mes flux, mais ne l'utilise pas » (Marin Dacos), « J'ai beau faire, je déteste
Facebook » (Frédéric Clavert)].
Les réseaux sociaux sont un moyen de partage et de discussion autour de
thématiques scientifiques et permettent l'élargissement des compétences; ils
sont en train de détrôner le courrier électronique [« un peu exagéré et surtout
générationnel » (Olivier Le Deuff)].
GR décrit l'exemple de Shelfari, le
premier réseau social pour les gens qui aiment les livres, acheté en 2008 par
Amazon.
Une proposition de GR : réaliser une plate-forme du type LibraryThing ou Shelfari dédiée aux travaux
et mémoires scientifiques.
GR mentionne que Google Wave pourrait être intéressant pour les
chercheurs.
L'exemple de Digital Texts 2.0 est
décrit : "Digital Texts 2.0 helps you to organize and share your digital
texts. You can group your texts into collections, associate them with authors,
assign tags and other useful metadata, and add your notes and comments."
Question : comment s'y retrouver dans les profils et données personnelles
générées ?
Réponse de GR : utiliser les protocoles communs et les formats communs pour
organiser les informations et s'y retrouver.
Marin Dacos déplore le manque de force d'initiative des bibliothèques dans le
domaine scientifique ; il évoque Daniel Bourrion et sa proposition de commandos
de service et suggère de poursuivre l'idée avec des missions du genre « 12
salopards » pour faire bouger les choses...
La logique d'un WorldCat de
documents scientifiques est aussi évoquée.
Andreas Bagias (CARDOC - European Parliament Archive and Documentation Centre) – Organisation et exploitation des archives du Parlement Européen dans un environnement électronique
Au Parlement Européen, la complexité des règlements rend l'accessibilité aux
données très difficile.
Sont disponibles au CARDOC "seulement" 3000 mètres linéaires, les archives sont
ensuite versées à l'Université de Florence.
Le CARDOC, c'est 25 fonctionnaires et 12 externes.
AB mentionne l'exemple de deux communiqués contradictoires préparés à l'avance
par Josep Borrell,
alors président du Parlement européen. Que faut-il archiver dans ce cas ?
Le système est opaque parce qu'il est compliqué, à tel point que le Parlement a
créé la comitologie,
discipline qui explicite les procédures de prise d'avis ou de décision.
L'objectif est de rendre l'archive du parlement européen accessible au niveau
technique mais surtout au niveau intellectuel.
Pour AB, faire partager à travers les archives une partie de l'histoire
européenne n'est qu'une obligation de principe : il s'agit de rendre aux
citoyens ce qui leur appartient.
La volonté est d'aller de la disponibilité du document à la disponibilité de
l'information, mais ce projet est extrêmement difficile à réaliser.
Annick Batard (Paris 13) – La presse écrite généraliste française sous l'emprise du web : une ressource de l'histoire culturelle contemporaine ?
AB débute son exposé en citant Bernard Miège et Jürgen Habermas.
La Provence se désabonne de l'AFP. Cela lui coûtait 550.000 € par an et le
journal ne s'en servait pratiquement plus.
AB décrit les blogs de journalistes comme une hybridation de l'information et
évoque Twitter comme source pour les journalistes.
AB est membre de la Société pour
l'Histoire des Médias.
Tsuriel Rashi (Lifshitz College of Education) – The Media Memory Agenda and the Struggle against Holocaust Deniers
"The press may not be successful much of the time in telling people what to
think, but it is stunningly successful in telling its readers what to think
about" (Bernard Cohen, 1963).
TR décrit les archives établies au mémorial de Yad Vashem et l'influence des
médias sur la mémorisation des événements.
Archives de Yad Vashem : 125 millions de pages, des films (combien ?) et 420
000 photos.
La base de données des victimes juives de la Shoah recense 3,1 millions de
noms.
TR s'interroge sur le rapport entre la réalité et les médias et ses
transformations à l'ère numérique. Il propose une réflexion sur la qualité des
ressources et les stratégies et outils pour leur conférer un indice de
confiance.
Aurore François (Université Catholique de Louvain) – Le portail Just-HIS.be. Un agrégateur de ressources sur l'histoire sociopolitique de l'administration de la justice en Belgique (1795-2005)
Démonstration du portail Just-His.be.
Dans ce portail interuniversitaire, le CMS open source Joomla encapsule des
informations provenant de sources et systèmes très différents.
Pour AF, la pérennité dans le numérique consiste aussi à ouvrir des postes en
CDI.
Patrick Peccatte (Soft Experience) – Une plate-forme collaborative pour la redocumentarisation d'un fonds photographique historique
Ma présentation est disponible sur Scribd
ou Slideshare.
[Réactions sur twitter : Marin Dacos estime que le terme redocumentarisation
est trop corporatiste; Frédéric Clavert le juge au contraire expressif].
Stéfan Halikowski-Smith (Swansea University) – European National Libraries and Digitization in History
Éva Deák (Central European University) – Study, store and share unpublished primary sources: the example of the Parallel Archive
Parallel Archive (PA) est un
référentiel en ligne créé par et pour les universitaires pour stocker et
partager leurs documents d'archives. Ce projet a été développée par l'Open
Society Archives (OSA, un laboratoire sur les archives de la Central European
University, Budapest) avec le soutien de l'Institute of Record (une
organisation de bienfaisance hongroise). Le projet s'appuie sur les efforts de
l'OSA pour collecter, préserver, rendre disponibles les documents relatifs à
l'histoire récente et contemporaine et les droits de l'homme tout en
expérimentant des moyens novateurs de contextualiser les sources
primaires.
Parallel Archive regroupe trois fonctionnalités : archive, espace personnel,
espace collaboratif.
Parallel Archive utilise les URLs permanentes fournies par le système handle.net pour l'identification unique de l'ensemble
de ses documents et faciliter ainsi l'accès et les citations.
Question : Serge Noiret remarque qu'un système comme Parallel Archive risque d'aller contre les lois sur le copyright. ED répond en évoquant le fair use, grosso modo l'exception académique.
Vendredi 16 octobre 2009
Genaro Oliveira (University of Auckland) – How image editing software and Web development tools currently available on personal computers can be used as interactive/multimedia narrative resources contributing new ways to the writing and communicating of History
GO introduit le terme historiomediography, c'est-à-dire la
compréhension de l'Histoire comme étant un média : "the possibility of writing
History through the simultaneous use of verbal, visual and sonorous
languages."
"Gaining multimedia writing skills in history: Autonomy; familiarity; relevance
to historian's research".
GO reprend la métaphore du sucre proposée initialement par William Turkel et
Alan MacEachern : dans un proche futur, la familiarité avec la technologie
sera aussi banale que celle que nous avons actuellement avec le sucre.
GO cite le travail d'Alun Munslow et le concept de "the past as History".
Gerben Zaagsma (University College London) - Contemporary European Jewish History on the Internet
GZ décrit les réalisations suivantes :
- Compact Memory
- The Steven Spielberg Digital Yiddish Library
- The Holocaust Collection – NARA and Footnote.com
Frédéric Clavert remarque que Dan Cohen et Roy Rosenzweig sont régulièrement
cités aujourd'hui.
Conclusion de GZ : Le numérique apporte-t-il une meilleure compréhension ? Pas
nécessairement.
Les nouvelles possibilités peuvent changer le domaine, mais l'historien doit
toujours interpréter et "créer" le passé.
Olivier Le Deuff (Lyon 3) - Nouveaux outils et science : l’archéologie pour faire « sens »
Il faut comprendre ici le terme "Archéologie" au sens de Michel
Foucault.
Il est nécessaire de mieux observer les objets techniques et d'acquérir une
culture technique.
La culture technique permet de mieux comprendre le document dans toutes ses
dimensions.
OLD mentionne le Web
Squared.
Il faut avoir conscience que autorité et popularité procèdent de logiques
différentes.
Le mécanisme d'autorité s'oppose au mécanisme de popularité, y compris pour les
blogs scientifiques. Il s'agit cependant de notions mal définies.
On doit toujours avoir une analyse historique sur les outils.
Attention aux confusions que le Web 2 peut entraîner vis-à-vis du grand public
: les historiens seraient ainsi en concurrence avec des amateurs.
OLD explique le classement Wikio et le flou de la notion de "blog
scientifique".
Il pose la question de la pérennité de l'écriture de l'histoire : l'histoire se
ferait en temps réel, elle serait en version bêta perpétuelle ? Mais alors
qu'en serait-il d'une certaine stabilisation du savoir nécessaire en
particulier dans l'enseignement ? Comment parvenir à produire des savoirs à
transmettre face au risque de la controverse permanente ?
Le droit à l'oubli peut entraver, sur Internet, la mise en place d'archives
pour les historiens - sans oublier la question du copyright des données.
Il est nécessaire de rester majoritaire face à la technique et de comprendre
l'objet technique (à propos de la culture technique, OLD cite Gilbert
Simondon).
Remarque de Frédéric Clavert : la confusion engendrée par la concurrence entre
les historien professionnels et les historiens amateurs n'est pas nouvelle, cf.
la controverse Aubrac-Chauvy dans le livre "Vichy un passé qui ne passe
pas".
La présentation d'Olivier est disponible sur son blog, le guide des égarés.
Tito Menzani (Università di Bologna) - When the web is useful for scientific output. The case of Italian historiography on the cooperative movement
TM compare les deux sites Centro Italiano di Documentazione sulla
Cooperazione e l'Economia Sociale cooperazione.net et movimentocooperativo.it.
Il étudie l'impact de ces deux sites sur l'historiographie du mouvement
coopératif.
La base de données (1999-2009) contient 427 titres de 311 auteurs
distincts.
Résultat de l'étude de TM : ces sites sont de plus en plus utilisés par la
communauté scientifique. Il s'agit là d'une confirmation de leur utilité et de
leur importance, mais également des capacités du web en ce qui concerne
l'historiographie.
Shadia Kilouchi (CN2SV) et Alain P. Michel (Université d’Évry) - L’atelier C5 de Renault-Billancourt à l’ère digitale : nouvelle histoire d’une chaîne de 1922
Il s'agit d'une coopération entre trois institutions : CNRS, ANR, LHEST
(Laboratoire d'Histoire Économique, Sociale et des Techniques - Université
d'Évry). Ce n'était pas évident à mettre en place et le projet implique aussi
le travail à distance.
La 3D doit permettre à AM de mieux comprendre la mise en place du travail à la
chaîne.
La modélisation n'est qu'un outil de recherche.
Quatre types de sources graphiques sont utilisées : plans, films, reportages
photos (fév. 1922), dessins d'illustrations (sept. 1922).
SK explique ensuite que les champs IPTC des photos sont renseignés avec XnView.
Sur le plan technique, le projet utilise une base MySQL et un module OAI-PMH.
L'instrument de recherche est basé sur EAD ISAD(G).
La communication sur le projet comporte en 3 parties : blog, description de la
méthodologie, description des résultats de la recherche.
L'énigme du 13ème poste de montage sur la chaîne vient de la confusion entre
poste et opération en 1922, et ceci est compris grâce à la 3D.
À venir et financé par un autre organisme : l'étude et la modélisation des
mouvements des ouvriers.
Philippe Rygiel (Paris I) - La diffusion du savoir historique à l’âge du web 2.0. La « valorisation » de l’enquête « Histoire et mémoire de l’immigration en régions »
Autre projet de PR : Koutoshs, couteau suisse statistique pour SHS (et
d'autres...).
L'historien est un graphomane, il passe son temps à prendre des notes, faire
des listes, etc. qui ne seront pas publiées.
Il faut penser l'historien comme un ensemble de fonctions et non plus comme un
individu.
PR évoque l'archéologie au sens de Foucault : « citer Foucault permet de gagner
du temps ;-) ».
David J. Bodenhamer (Indiana University Purdue University Indianapolis) - The Spatialization of History: A New Web Paradigm Comparison
Pour DB, la visualisation consiste à relier le temps et l'espace (linking
time and space).
Les technologies d'immersive visualization et de serious gaming permettent de
concevoir de nombreuses d'applications pédagogiques pour l'historien.
Paul Arthur (Umeå University) - Digital History in Australia and New Zealand: An International Comparison
À consulter, l'article Digital History sur
Wikipedia et le blog de PA.
Projets décrits lors de la session :
- eMelbourne, the city past & present
- Dictionnary of Sydney Trust
- Teara.govt.nz, The Encyclopedia of New Zealand
- Australian Dictionary of Biography
- Voices of the West End (Fremantle)
Marie-Pierre Besnard (IUT de Saint-Lô) - Renouveler l’expérience muséale à l’heure du Web : le e-musée
Selon MPB, l'histoire est le parent pauvre des musées en France.
Les musées sont surtout présents sur Internet sous la forme d'annuaires; ce
sont des objets de e-marketing.
L'histoire officielle serait en danger? Et pourquoi pas ?
MPB avait proposé la réalisation d'un musée Sainte-Mère-Église sur Second Life.
Ce projet a été refusé.
Dans les statuts de l'ICOM (The
International Council of Museums), la définition de "musée" spécifie qu'un
musée a des finalités d'éducation et de délectation.
MPB fait référence au livre d'Olivier Donnat « Pratiques culturelles et usages
d'Internet » (2007), téléchargeable ici.
MPB relate la pose de première pierre virtuelle sur le projet de la
reconstitution de l'église de Saint-Lô, puis elle décrit le projet
Plan de Rome
à l'Université de Caen.
Échange entre René Leboutte et MPB : les historiens doivent rester et
s'imposer dans les musées.
MPB fait référence au travail de Pascal Cotte de la
société Lumiere Technology sur les couleurs de la Joconde.
Cristina Blanco Sio-Lopez (CVCE) and Milagros García Pérez (Biblioteca Municipal de Estudios Locales) - Interacting localities: The case of the BMEL and its projects on collaborative online library systems for the study of Contemporary History
Il s'agit d'un bel exemple de coopération entre bibliothécaires et
historiens.
L'exemple de la Biblioteca Municipal de Estudos Locais et son Wiki biographique.
Grégory Miura (Bordeaux 3/OMNSH) - L’archéologie du web, science auxiliaire d’une histoire du temps présent
cf. le profil de
GM sur l'Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines.
La pratique patrimoniale nous confronte à des objets culturellement et
techniquement complexes.
GM décrit netpreserve.org et Internet Archive. Il mentionne que le
format
WARC (Web ARChive) est devenu récemment une norme ISO.
On peut proposer pour l'édition multimédia une approche historique analogue à
celle de Roger Chartier à propos de l'histoire du livre. En ce qui concerne les
jeux vidéos par exemple (40 ans d'âge), historiens et témoins partagent la même
réalité sociale et temporelle vis-à-vis de cet objet d'étude.
La gestion de sa propre frustration devant les résultats quand on consulte les
archives de l'internet constitue un exercice difficile; en effet, Internet se
plie très mal à l'archivage.
Les Archives du Web à la BnF (GM travaillait précédemment à la BnF) : recherche
par URL, par mots. La recherche dans les archives n'utilise pas les liens, la
popularité; c'est de la recherche brute sur des mots.
GM rappelle que les Archives de l'Internet ne sont consultables qu'à la
BnF.
[sur Internet Archive à la BnF voir l'interview de Gildas Illien, en deux
parties].
Internet Archive veut ressembler à Internet.
La navigation dans les archives de l'internet ne permet pas une navigation
chronologique : vous pouvez passer de 1999 à 2002 puis 2000.
Pour GM, la science du Web pourrait devenir pour l'historien une science
auxiliaire.
Internet a déjà une histoire; Internet a existé avant que Google ne devienne le
site le plus connu.
Autres projets décrits : WebAtlas et Webpages as Graphs.
Avec Google Analytics et Google Historique, Google jalonne le web de codes qui
leur permettent de maîtriser la connaissance du web.
Questions : Serge Noiret évoque The World Wide Web Virtual Library et le travail du CVCE pour l'historique du web en ce qui concerne l'Europe (partie European Integration Index maintenue par Christian Lekl du CVCE).
Richard Hacken (Brigham Young University) - Online Primary Documentation of Contemporary History: Trends and Changes in the Past Twelve Years
RH cite Welter Benjamin. Il décrit ensuite :
Richard Hacken réinjecte dans le débat la question du crédit à apporter aux
sources numériques.
Il cite le célèbre (et controversé) livre de Andrew Keen : The Cult of the
Amateur. Il mentionne enfin le robot développé au Center for History
and New Media et qui donne des indications sur la fiabilité de l'info. Ce robot
est maintenant obsolète car il repose sur une API qui a été fermée par
Google.
Élodie Nowinski (IEP de Paris) - Last nite Deezer saved my class
EN expose comment le web permet de faire certaines recherches et
enseignements - par exemple en histoire du rock.
Un problème rencontré par EN : comment faire avec ce matériel insaisissable
(sur le web) pour prouver que l'on effectue quand même une recherche ? Le
directeur de thèse d'EN semblait sceptique.
Il est nécessaire de dépasser la question du copyright pour utiliser du
matériel en ligne comme source. Le streaming permet de s'affranchir du problème
du copyright.
La communication à travers les réseaux sociaux permet de récupérer des archives
personnelles de fans du rock, par exemple.
Il existe néanmoins un problème méthodologique quand on s'adresse aux fans: ces
derniers ne gardent en effet que ce qui a marché, pas ce qui n'a pas
marché.
EN : « On n'est pas dans un changement du métier d'historien, mais dans une
acculturation technique ».
EN mentionne la création d'un groupe sur les cultures populaires à IEP. Selon
elle, il n'est pas possible d'enseigner l'histoire du rock sans des outils
comme Deezer.
Une cinquantaine de sites comme Deezer permettent aussi d'étudier le rock russe
et la chute du Mur, ce qui, au passage permet à EN de parler de Weber et
Benjamin à ses étudiants.
Il faut toujours critiquer les sources, internet ou pas
Enrica Salvatori (Università di Pisa) - Listening, watching, living and (at the end) learning history: in and out the web
[Je n'ai pu assister à cette session]
Questions : Marianne Backes revient sur l'idée de Marin Dacos de mettre en
place un manifeste.
Il faut définir ce que devraient connaître les chercheurs dans le domaine
technique.
Le symposium s'achève sur le souhait de rester en contact.
Commentaires
Venant d'un domaine de recherche différent de celui de la plupart des participants, j'ai beaucoup apprécié ce symposium que le CVCE a initié et organisé: variété des approches, pluralité des points de vue et diversité dans le traitement du sujet. Mais je suis un peu étonnée que la problématique de l'éthique et de la morale dans les "digital humanities" n'a pas été abordée (hors sujet?? où lors de la prochaine édition, peut-être??). Les digital humanities introduisent une nouvelle culture, avec un vocabulaire et une syntaxe nouveau et donc des règles, codes et conventions spécifiques. Comme le fair-play ne se manifestera pas de manière automatique, un code de conduite (d'éthique et de morale), avec des règles clairement déterminées (y compris des sanctions) et un apprentissage adapté s'imposent.
Bonjour Elena,
c'est une question à creuser - néanmoins je ne sais pas si la déontologie est spécifique au médium: être honnête sur les sources, sur la méthodologie employée, savoir débattre sont des règles de base, numérique ou pas.
De plus, aborder les questions d'humanités numériques sous un angle trop négatif ne me semble pas pertinent. En France, cela stérilise le débat sur le numérique en général, ce qui est contre-productif.