J'ai utilisé assez fréquemment le mot "redocumentarisation" sur ce blog et je m'aperçois qu'il n'est pas si facile d'en trouver une bonne définition sur Internet. Le terme, popularisé par le collectif Roger Pédauque, est par exemple absent de Wikipedia.

J'emprunte à Jean-Michel Salaün, Directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information à l'Université de Montréal, la définition suivante:

"Pour définir la re-documentatisation, il faut commencer par s'entendre sur le terme «documentarisation». Documentariser, c'est ni plus ni moins traiter un document comme le font, ou le faisaient, traditionnellement les professionnels de la documentation (bibliothécaires, archivistes, documentalistes) : le cataloguer, l'indexer, le résumer, le découper, éventuellement le renforcer, etc. On préfère «documentariser» à «documenter», qui renvoie plutôt à la création d'un ou de plusieurs documents pour expliquer un objet ou une action, mais dans certains cas les deux activités se recoupent. L'objectif de la documentarisation est d'optimiser l'usage du document en permettant un meilleur accès à son contenu et une meilleure mise en contexte.

Le numérique, par nature, implique une re-documentarisation. Dans un premier temps, il s'agit de traiter à nouveau des documents traditionnels qui ont été transposés sur un support numérique en utilisant les fonctionnalités de ce dernier. Mais le processus ne se réduit pas à cette simple transposition. En effet, bien des unités documentaires du Web ne ressemblent plus que de très loin aux documents traditionnels. Dans le Web 2.0, dans la construction du Web sémantique ou tout simplement sur les sites dynamiques, la stabilité du document classique s'estompe et la redocumentarisation prend une tout autre dimension. Il s'agit alors d'apporter toutes les métadonnées indispensables à la reconstruction à la volée de documents et toute la tracabilité de son cycle. Les documents traditionnels eux-mêmes, dans leur transposition numérique, acquièrent la plasticité des documents nativement numérique et peuvent profiter des possibilités de cette nouvelle dimension.

La redocumentarisation prend alors un sens beaucoup plus large. Cette nouvelle forme de documentarisation reflète ou tente de refléter une organisation post-moderne de notre rapport au monde, repérable aussi bien dans les sphères privée, collective et publique, qui d’ailleurs se superposent de plus en plus. Comme dans la précédente modernisation, le document participe au processus et y joue même un rôle clé, mais il s’est transformé au point que l’on peut se demander s’il s’agit encore de la même entité.

Pourquoi alors reprendre le même terme, en ajoutant juste le préfixe re-, s'il s'agit d'un changement de paradigme ? En réalité, s'il y a bien une rupture, celle-ci est dans une continuité historique qu'il est d'autant plus important de souligner que les professions de la documentation y ont leur place, ou devraient y prendre une place plus grande qu'elle n'est aujourd'hui car leurs compétences y sont essentielles."

Salaün, Jean-Michel, 2007, La redocumentarisation, un défi pour les sciences de l’information, Études de communication, n° 30

Autres références: