Du bruit au signal (et inversement)

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vendredi 29 janvier 2010

Flickr et PhotosNormandie - article sur Officina della Storia

Un bref article sur Officina della Storia - rivista on-line di storia contemporanea, site italien dédié à l'histoire contemporaine et réalisé en coopération avec l'Università degli Studi della Tuscia à Viterbe :

Flickr et PhotosNormandie: un projet de redocumentarisation d'un fonds photographique historique

Cet article est en français.
(Merci à Anna Caprarelli)

mardi 8 décembre 2009

Histoire-géo, Terminale S, et Culture

Je soutiens le mouvement actuel contre le projet de réforme qui vise à rendre l'histoire-géographie optionnelle en terminale scientifique (*). Néanmoins, certains propos qui portent le débat sur le terrain de la culture sont proprement caricaturaux. Brigitte Imbert-Vier, professeur de philosophie, déclare ainsi : « Quand on aura fait des petits ingénieurs stupides et sans culture, on aura gagné. » (Public-Sénat le 7/12/2009, en 17:55). En un raccourci stupéfiant, les disciplines littéraires et les sciences humaines sont identifiées à « la culture » tandis que les disciplines scientifiques sont réduites à leur fonction utilitariste, tout juste bonnes à former des ingénieurs (un peu crétins comme il se doit) et éventuellement je suppose d'autres acteurs irréfléchis et dociles mais adaptés au monde technique moderne. Je pensais que l'on avait dépassé depuis longtemps le stade des stéréotypes en ce qui concerne ces deux continents, le "littéraire" et le "scientifique", irrémédiablement opposés, voire hostiles. Mais non. Le conditionnement pédagogique et culturel ressurgit. L’école et l’environnement social vous estampillent pour la vie avec l’une ou l’autre de ces deux catégories dont l'une forme le citoyen et ouvre à la culture tandis que l'autre "est utile" et point barre. Le temps passe et les clichés demeurent. Évidemment, cela n'est pas du goût de certains scientifiques comme David Madore qui vient de publier un billet intitulé Sauvons l'histoire-géo… mais pas la physique ? dans lequel il s'élève contre le mépris de nos intellectuels envers les matières scientifiques qui seraient utilitaristes et « feraient moins partie de la culture générale la plus élémentaire ». Cette annexion de la culture par une partie de nos intellectuels montre de fait qu'ils sont incapables de concevoir les sciences et techniques comme partie intégrante de celle-ci. Et c'est navrant. Nous sommes dans une époque où le développement des digital humanities impose de rompre totalement avec cette conception hémiplégique de l’enseignement, voir par exemple le compte-rendu du symposium L’histoire contemporaine à l’ère digitale

L'interdisciplinarité et le travail quotidien avec des ingénieurs et techniciens sont devenus indispensables dans un nombre de plus en plus importants de recherches en histoire et en géographie. Dénier aux sciences et techniques leur place au sein de la culture générale et mépriser les ingénieurs ne constituent certainement pas le meilleur argument pour convaincre les scientifiques de la nécessité d'un enseignement d'histoire-géo en Terminale S. Je préfère de beaucoup celui de Boris Cyrulnik : « Si l'on diminue notre aptitude à raisonner en termes historiques, on va diminuer notre aptitude à la morale, c'est-à-dire cette aptitude qui consiste à se décentrer de soi, de sa culture, pour se représenter le monde mental d'un autre. » (France 2 le 7/12/2009, en 1:10).

(*) Non à la suppression de l’histoire-géo en terminale S, par Jacques Sapir, sur culturevisuelle.org

mardi 20 octobre 2009

Compte-rendu du symposium "L’histoire contemporaine à l’ère digitale" - Luxembourg, 15 et 16 octobre 2009

L’Université du Luxembourg (Master en Histoire européenne contemporaine) et le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE) ont organisé les 15 et 16 octobre 2009 un Symposium sur le thème « L’histoire contemporaine à l’ère digitale ». Voici un compte-rendu de cette très intéressante réunion rédigé à partir de mes notes et tweets. J'ai aussi intégré dans ce texte les tweets envoyés par Frédéric Clavert, Marin Dacos et Olivier Le Deuff. Je les remercie vivement de me permettre d'utiliser leurs messages. Ce compte-rendu un peu télégraphique doit donc être considéré comme un travail collectif.

Six "lignes de forces" se sont dégagées au cours de ce symposium  :

  • les digital humanities sont extrêmement difficiles à définir. À l'instar du Web 2.0, il s'agit d'un bouillonnement d'initiatives qu'il n'est pas aisé de caractériser de manière simple. La très grande variété et la densité des sessions de ce symposium illustrent parfaitement ce fait en ce qui concerne l'histoire. C'est une diversité que je n'imaginais pas;
  • les nouvelles possibilités et l'immensité des données disponibles peuvent amener à bouleverser la discipline, mais l'historien doit toujours interpréter et faire preuve de sens critique, peut-être plus encore d'ailleurs avec le numérique;
  • il est impératif de développer une véritable culture technique dans les SHS et amener à un travail plus étroit entre les historiens et les ingénieurs et développeurs;
  • de même, il faut développer les expériences conduites entre les historiens, les bibliothécaires et les archivistes, et impulser une culture du partage des données et des sources;
  • la vérifiabilité et le crédit des sources, la qualité des acteurs se posent avec une plus grande acuité "à l'ère digitale" et beaucoup d'interventions se sont fait l'écho de certaines inquiétudes concernant ces problématiques tout en reconnaissant qu'elles existaient déjà avant Internet;
  • la médiatisation de l'histoire doit être repensée. Les rapports de l'histoire avec les médias traditionnels, les médias pure player, la muséologie, etc. sont transformés par Internet. L'histoire est aussi un média sur Internet.
Ma présentation intitulée Une plate-forme collaborative pour la redocumentarisation d'un fonds photographique historique est disponible sur Scribd ou Slideshare.

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dimanche 11 octobre 2009

L'histoire contemporaine à l'ère digitale - Luxembourg, 15 et 16 octobre 2009

L’Université du Luxembourg (Master en Histoire européenne contemporaine) et le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE) organisent un Symposium les 15 et 16 octobre 2009 sur le thème L’histoire contemporaine à l’ère digitale.

Je présenterai lors de cette réunion une communication intitulée :

Une plate-forme collaborative pour la redocumentarisation d’un fonds photographique historique.

Programme complet et renseignements sur Calenda.

samedi 1 août 2009

Connaissez-vous Phineas Gage ?

Deux collectionneurs de photos, Jack et Beverly Wilgus, ont acquis il y a plus de trente ans un daguerréotype curieux.


Photograph by Jack and Beverly Wilgus - Meet Phineas Gage

Ils ont publié certaines images de leur collection sur Flickr sous le nom d'utilisateur photo_history, et en décembre 2007 ils ont téléchargé cette image sous le titre Daguerreotype - One Eyed Man with Harpoon. Ils pensaient alors que l'homme sur l'image tenait un morceau de harpon et ils ont sollicité l'aide des membres d'un groupe Flickr sur la chasse à la baleine. Mais laissons leur la parole :

Une discussion s'est engagée avec les membres du groupe sur la chasse à la baleine à propos de l'identification de l'objet que tient l'homme. Il a été établi qu'il était peu probable que ce soit harpon. Mais de quoi s'agissait-il ?
En décembre 2008, un message nous a fait prendre une nouvelle direction. Un membre de Flickr [Michael Spurlock] a posté le commentaire suivant : « peut-être avez-vous trouvé une photo de Phineas Gage ? Si tel est le cas, ce serait la seule photo connue ». Une recherche rapide sur Google nous a résumé l'étrange vie de Gage et nous avons alors été captivés. 

D'après Wikipedia en effet :

Phineas P. Gage (1823 – 21 mai 1860) est un contremaître des chemins de fer qui a subi un traumatisme crânien majeur auquel il a survécu ; il est devenu un cas d'école en neurologie. Le 13 septembre 1848, Phineas Gage travaille dans la périphérie de Cavendish dans le Vermont aux USA à la construction d'une ligne de chemin de fer. Suite à une explosion, une barre de fer lui traverse accidentellement le crâne, provoquant des dommages aux lobes frontaux de son cerveau .../... En 1994, les neuro-anatomistes Antonio et Hanna Damasio reconstituent par ordinateur ce qui doit être la trajectoire de la barre.
[sur l'histoire et le cas de Gage, lire The incredible case of Phineas Gage, by Mo]

Jack et Beverly Wilgus poursuivent :

Au cours des six derniers mois, nous avons lu, étudié, effectué des voyages et pris des contacts que nous n'avions jamais imaginé. Au Warren Anatomical Museum de la Harvard Medical School à Boston, nous avons vu un masque de Gage réalisé de son vivant, ainsi que son crâne et la barre de fer de son accident. Nous avons été à Cavendish dans le Vermont, le lieu du tragique accident de Gage. Nous avons correspondu et collaboré avec les plus grandes autorités mondiales sur le cas de Gage. Et plus surprenant encore, nous avons écrit un article qui sera publié dans le Journal of the History of the Neurosciences en août 2009. Nous avons également créé un site Web intitulé Meet Phineas Gage.

L'identification a été confirmée grâce au masque du Warren Anatomical Museum dont les traits et les cicatrices correspondent à l'image de l'homme sur le daguerréotype, ainsi que par les écritures qui figurent sur la barre de l'image et qui sont identiques à celles de la barre également conservée dans ce musée.

Selon les Wilgus, cette découverte représente la convergence de deux technologies à la mode chacune à leur époque : le daguerréotype au milieu du 19ème siècle et Internet au début du 21ème siècle. Elle montre l'un des intérêts de la publication sur une plate-forme de partage des images d'archives, des collections privées ou des institutions muséales. Comme le dit Kate Theimer sur le blog ArchivesNext : « toutes les images d'archives ainsi exposées n'obtiendront pas de résultats aussi spectaculaires que celle des Wilgus, mais si vous ne partagez pas vos images, vous avez peu de chance d'effectuer une identification comme celle-ci ».

Les identifications de personnages ou de localisations, pour être parfois spectaculaires, ne constituent qu'une partie de l'intérêt du crowdsourcing dans le domaine de l'image. Les différentes institutions qui participent au projet The Commons en fournissent d'autres exemples, ainsi l'identification d'un sanatorium en Norvège sur une photo datant de 1890, ou celle d'une scientifique britanique sur une photo du Smithsonian. Le groupe Flickr What's that picture? collecte d'ailleurs les photos anciennes dans l'espoir qu'un visiteur puisse aider à identifier un lieu, un personnage ou un objet. Et si vous avez ainsi résolu un "mystère" à l'aide de commentaires laissés par des utilisateurs de Flickr, vous pouvez poster votre photo sur le groupe The Astonishing Power of Flickr.

Pour aller au delà et effectuer un véritable travail de redocumentarisation, il est nécessaire de mettre en place un groupe solide d'intervenants réguliers et compétents sur un sujet précis. C'est ainsi que la bibliothèque de l'Université du Michigan va mettre en ligne son fonds de manuscrits islamiques et les présentera au public sur un wiki ou sur un blog pour aider à les identifier et à les cataloguer.

Références

dimanche 30 mars 2008

Mise en scène de photos historiques - la "time machine" du Spiegel Online

Il y a quelque temps, le Spiegel Online a lancé un ambitieux portail collaboratif nommé einestages.de (un de ces jours) pour "collecter les témoignages de tout un chacun sur des sujets d'histoire contemporaine afin de constituer une mémoire nationale collective accessible à tous" (voir par ex. ici).
Le site a récemment mis en place une innovation afin de mieux naviguer dans un corpus de photos historiques, la Zeitmaschine (Time Machine) qui permet de naviguer visuellement dans une collection de photos.
Imaginez que vous voguiez dans une navette spatiale à travers l'univers: les années défilent, et des masses de photos relatives aux événements contemporains s'affichent. Techniquement, il s'agit d'une application Flash qui fonctionne plutôt bien si vous disposez d'un ordinateur rapide. Bien entendu, vous pouvez choisir la date ainsi que la vitesse de défilement des photos à l'aide de la molette de souris.
Quand on clique sur une photo intéressante, la Time Machine s'arrête et un bref descriptif de la photo sélectionnée s'affiche.
L'application est visuellement attrayante et ludique mais une photo ne suffit pas toujours pour plonger de manière significative l'utilisateur dans les événements contemporains.
L'intérêt de la Time Machine serait encore plus grand si quelques brèves informations étaient fournies sur un simple clic. Bien sûr, tout le monde veut maximiser la présentation des pages. Mais dans ce cas, je crains que l'application ne soit réduite à un gadget ludique et ne soit pas une source d'inspiration pour découvrir l'histoire contemporaine.

Adapté d'un billet de Martin Kohls sur Eye-blogger (the blog over visual journalism).

Commentaire:
Pour "mettre en scène" un corpus de photos historiques, il me semble qu'il serait intéressant d'associer ce genre de navigation temporelle à l'aide d'une échelle de temps et la géolocalisation des photos sur une carte (pour les images géolocalisables bien entendu). C'est l'idée que j'ai proposée à la fin de ma présentation Géolocalisation des images numériques fixes disponible sur Scribd, Slideshare et Issuu. Il s'agit de généraliser la géolocalisation en exploitant non plus seulement les coordonnées spatiales d'un lieu mais les coordonnées spatio-temporelles d'un événement. J'aimerai avoir le temps d'appliquer cette idée à la collection PhotosNormandie...

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